Lundi 21 septembre 2026 · Page 10 · Traduit de l’allemand
Le passif de la République
Ce matin, les chiffres de Munich. Le climat des affaires a progressé pour la cinquième fois consécutive et atteint son plus haut niveau depuis plus de trois ans. Une bonne nouvelle, sans aucun doute. Mais je suis allé vérifier où se situe la moyenne de long terme : à un peu plus de 96 points. Le pays se redresse. Il se redresse de très bas.
Dimanche, Berlin et le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale ont voté. À Schwerin, l’AfD est devenue la première force politique avec 38 pour cent, et la CDU a échoué à franchir le seuil des cinq pour cent ; jusqu’en 2021, elle y gouvernait encore en coalition. À Berlin, Die Linke a gagné avec près de 26 pour cent, la CDU est tombée sous les dix-neuf, le SPD à son plus mauvais résultat. On peut y lire un virage à droite ou un virage à gauche, selon l’endroit où l’on se tient soi-même. L’une et l’autre lecture me semblent un peu courtes. Dans les deux Länder, les partis qui dirigeaient jusque-là le gouvernement ont perdu. Pour les électeurs du Nord-Est, le sujet le plus important était celui des coûts et des prix, puis l’école, puis la situation économique. Des questions de mise en œuvre, non de vision du monde.
Je me suis donc penché sur un chiffre qui, cette semaine, n’est apparu qu’en marge. En mars 2025, le Sondervermögen, ce fonds spécial, a été adopté par une révision de la Loi fondamentale : 500 milliards pour les infrastructures et la neutralité climatique, dont 100 pour les Länder et les communes. Sur ces 100 milliards, 505 millions avaient été décaissés à la fin juin, soit un demi pour cent. Sur la part fédérale de 300 milliards, on en était à la même date à un peu plus de 29. Huit Länder, auxquels reviennent ensemble plus de 70 milliards, n’avaient engagé aucun euro au début de l’année ; leurs propres lois n’étaient pas encore prêtes. À présent, les villes et les communes réclament 65 milliards de plus.
Je n’ai pas été peu étonné, je l’avoue. Mais l’étonnement est mauvais conseiller. Ce chiffre ne dit pas que l’argent manque. Il dit le contraire : l’argent est la seule chose dont on ne manque pas.
Qui y regarde de plus près reconnaît un schéma. Un seul poste avait été intégralement versé à la fin juin, celui des hôpitaux, avec six milliards. L’argent est allé à un fonds, à partir duquel les établissements doivent encore être rénovés. Des crédits destinés aux ponts et aux tunnels, un bon quart avait été décaissé. Pour l’accueil des jeunes enfants, 940 millions figuraient au plan, et zéro dans la caisse. Le virement de caisse à caisse réussit ; le chemin de la caisse au chantier, non. Une écriture comptable n’est pas un ouvrage.
Il faut se représenter ce qu’est, techniquement, un pont d’autoroute. Le plus souvent, ce n’est pas un ouvrage, mais deux ouvrages parallèles, un par sens de circulation, et chacun est planifié, évalué et renouvelé séparément. Le réseau compte environ 28 000 de ces ouvrages partiels. Début 2023, plus de 5000 d’entre eux étaient réputés nécessiter une modernisation. Le ministère voulait porter le nombre annuel d’ouvrages achevés de 122 en 2021 à 400 cette année. Pour 2024, 280 étaient prévus ; 69 ont été achevés. Pour cette année, la société fédérale Autobahn GmbH elle-même en annonce environ 200.
Je calcule : 5000 ouvrages partiels, 200 par an. 25 ans. Le calcul est grossier ; il passe sous silence ce qui a été achevé depuis, et tout autant ce qui s’y est ajouté. Un enfant entré à l’école primaire cet automne aurait, au bout du compte, plus de 30 ans.
Comment un euro parvient-il du Bundestag jusqu’à l’appareil d’appui d’un pont ? L’État fédéral le met à disposition ; le Land promulgue une loi ; la commune reçoit une décision d’octroi et lance un appel d’offres ; le chantier s’ouvre ; le paiement n’intervient que sur présentation d’une facture exigible. Chaque maillon de cette chaîne est, pris isolément, raisonnable, contrôlé, légal. Mais aucun n’est responsable de l’ensemble. La KfW, banque publique allemande, observe que l’on ne dépense communément que les deux tiers des investissements communaux prévus. Elle invoque comme raisons la lourdeur des procédures, le droit de la construction et le manque de personnel dans les services de l’urbanisme. Pas un manque d’argent, donc. Un manque de bras.
En lisant les rapports de cette semaine, j’ai remarqué quelque chose qui ne se laisse pas exprimer en milliards. Des décisions sont prises, des fonds mis à disposition, des priorités fixées. Des retards surviennent. Des crédits sont décaissés, ou ils ne le sont pas. Presque aucune phrase n’a de sujet que l’on pourrait interpeller. L’Autobahn GmbH, faute de personnel suffisant, a réduit de 40 pour cent son réseau prioritaire et repoussé l’année cible à 2035 ; le ministère a objecté que le programme respectait le calendrier. Les deux choses se tiennent côte à côte, sur un ton froid, administratif, et aucune des deux phrases ne réfute l’autre.
La langue allemande a une longue pratique, pas toujours glorieuse, qui consiste à dissoudre la responsabilité dans des processus. On se trouve entraîné dans quelque chose. Il advient quelque chose. À la fin, quelque chose a eu lieu, et personne ne l’a fait.
Je remarque, en écrivant ces lignes, que le passif me vient, à moi aussi, plus aisément sous la plume. Il est commode. Il ménage.
Mais je ne veux pas être injuste. Le programme fédéral de rénovation des écoles de 2017 en était, après près de neuf ans, à un peu plus de 90 pour cent. Lentement, certes ; mais il est arrivé à bon port. La Bavière n’avait déclaré aucun engagement au début de l’année. En juin, elle était en tête des décaissements, et environ 44 pour cent de sa part sont déjà inscrits au budget. Les instituts prévoient pour cette année une croissance de 1,3 à 1,4 pour cent, portée pour une bonne part par l’impulsion publique en faveur des infrastructures et de la défense. C’est donc possible. Pas partout, pas vite. Mais c’est possible.
La seule question est de savoir combien de temps on peut se permettre ce rythme. Pour les intérêts, le projet de budget de l’année prochaine prévoit 41 milliards ; d’ici 2030, ce pourrait être 80. En août, le gaz coûtait en Europe environ sept fois plus cher qu’en Amérique. À Bruxelles, les ministres de l’Industrie délibèrent aujourd’hui sur une loi dont le nom même annonce l’accélération de l’industrie. On verra. Le temps qu’un pays se donne n’est pas gratuit ; il se paie avec intérêts.
Quel rapport avec dimanche ? Peut-être plus que ne le laissaient entendre les soirées électorales. L’électeur ne lit pas de tableaux de bord. Il voit si la pelleteuse arrive. Le ministre des Finances a assuré, en présentant le budget, que les pelleteuses tournaient de nouveau. Peut-être est-ce le cas. Mais la phrase n’a, comme tant d’autres ces semaines-ci, ni date ni adresse.
L’autre jour, devant un pont fermé à la circulation, un monsieur âgé me demanda si je savais quand il serait rouvert. Je répondis que cela figurait sans doute dans un rapport. « Lequel ? » demanda-t-il. Je ne le savais pas. Il hocha la tête et poursuivit son chemin.
Ce n’est ni l’argent ni les plans qui manquent. Ce qui manque, c’est un sujet : quelqu’un dont le nom figure à côté du pont, et à côté du nom une date. Si c’est là une question d’administration ou une question de caractère, je ne saurais le dire. Il me semble seulement ceci : un pays qui parle au passif bâtit au conditionnel.
Sur douze années d’engagement des crédits, une et demie s’est écoulée. Il en reste dix et demie.